La Femme Gelée d’Annie Ernaux

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Il y a peu, les éditions Noir sur Blanc faisait paraître, la condition pavillonnaire de Sophie Divry. Cet ouvrage serait passé, pour ma part, inaperçu s’il n’avait pas été acclamé par la blogueuse influente “Eppcoline” et remis en tête de gondole dans les Gilbert Jeune.

Voyez, la femme gelée et la condition pavillonnaire, c’est un peu l’anti-thèse des romans érotiques pour maman en mal de sensations fortes. D’ailleurs on imagine bien le personnage incarnant M-A, de la condition pavillonnaire, tenter de se réchauffer un peu avec fifty shades of grey.

Mais la femme gelée, en gros, c’est quoi ? Un roman qui raconte le début de la fin de la vie d’une femme. J’explique.

“Elle a trente ans, elle est professeure, mariée à un cadre, mère de deux enfants, elle habite un appartement agréable. pourtant c’est une femme gelée”.

Au fil des pages on assiste à la mort d’une femme dans le sens figuré du terme. Même si son mari la voit. Il ne la regarde pas. Il la voit. Il l’aperçoit, disons, dans cet intérieur qu’elle rend si beau et si propre. Il la croise comme on zyeute la télé, comme un poste qu’on n’éteint même plus de peur d’ôter l’illusion qu’on n’est pas seul avec ses pensées.

La protagoniste oppose sa vie rangée et son intérieur ordonné au chaos des premières années de son couple “où ils vivaient comme des étudiants”.

L’homme est un être transgressif par nature et imposer autant de normalité est bien criminel.

Dans femme gelée, j’entends surtout coeur givré. Il y a quelque chose de l’ordre du robot dans l’entretien de son intérieur ou bien les femmes ont gagné le droit de se faire exploiter à la fois au travail et à la maison.

Qu’est ce qui la distingue finalement des hubo de “real humans”. Pas grand chose ? Ses souvenirs. Sûrement. L’émotion qu’ils suscitent. Les flashback et la question qui revient sans cesse, comment suis-je arrivé à une vie aussi parfaite. Ou ai-je merder ?

Il n’y a pas vraiment de réponse, juste une implacable logique. Faire des études, avoir un travail, trouver un “bon” mari, posséder un joli appartement, vivre dedans. Pourtant les femmes ne rêvent pas toutes d’une vie sédentaire, d’ailleurs, l’occidental au sens large, ne l’a pas toujours été. Sans être trappeur dans le grand Nord américain, non plus, il y avait un juste milieu pour celles qui dépérissent au jardin d’enfant. Mais pour l’instant, cette vie de femme occidentale parfaite, c’est tout le mal qu’on souhaite.

Dans cet ouvrage je retrouve la Annie Ernaux de “La Place” toute en retenue, en détachement presque, spectatrice de sa propre vie.

 

 

 

 

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